23 minutes pour revenir à son travail : ce que dit vraiment l'étude
« Il faut 23 minutes pour se reconcentrer après une interruption. » Vous avez sans doute déjà lu cette phrase, sur un réseau social, dans une présentation ou dans un livre sur la productivité. Elle est souvent accompagnée d'une conclusion : chaque mail vous coûte 23 minutes.
La réalité est à la fois plus nuancée et plus intéressante.
D'où vient le chiffre de 23 minutes ?
Il vient des travaux de Gloria Mark, chercheuse à l'université de Californie à Irvine, qui étudie depuis vingt ans la façon dont nous travaillons devant nos écrans.
Au début des années 2000, avec ses collègues Victor Gonzalez et Justin Harris, elle a suivi 36 personnes au travail pendant trois jours : des managers, des analystes financiers, des développeurs, des ingénieurs, des chefs de projet. Les chercheurs notaient tout : chaque changement d'activité, chaque interruption, chaque retour.
Dans un entretien de 2006, Gloria Mark résumait ainsi le résultat : quand un travail est interrompu, il faut en moyenne 23 minutes et 15 secondes pour y revenir. L'article scientifique, publié en 2005, donne un chiffre un peu différent, 25 minutes et 26 secondes.
Que mesure vraiment ce chiffre ?
C'est ici que la version populaire se trompe.
Il ne s'agit pas de 23 minutes de « reconcentration ». Le chiffre mesure le délai entre le moment où l'on quitte une tâche et le moment où l'on y revient. Entre les deux, la personne traite l'interruption, puis passe en moyenne par deux autres tâches avant de reprendre la première. Ce n'est pas du temps perdu à regarder le mur : c'est du temps où le travail commencé attend.
Il ne s'agit pas seulement des mails. L'étude portait sur toutes les interruptions : un collègue qui passe la tête par la porte, un appel, une réunion, et aussi les mails.
C'est un petit échantillon, dans un contexte daté. 36 personnes, dans une organisation, au milieu des années 2000, avant les smartphones et les messageries instantanées d'entreprise.
La bonne nouvelle : les personnes observées reprenaient environ 82 % des travaux interrompus le jour même. On revient. Mais on revient tard, et par des chemins détournés.
Le chiffre est-il encore valable aujourd'hui ?
Faut-il jeter le chiffre ? Non. Il faut le lire correctement.
Ce qu'il montre, c'est que le travail de bureau est découpé en morceaux. Dans ses travaux plus récents, réunis dans son livre Attention Span (2023), Gloria Mark observe que le temps passé sur un même écran avant d'en changer n'a cessé de baisser en vingt ans.
Les mesures actuelles vont dans le même sens. En 2025, Microsoft a relevé, à partir de l'usage réel de ses outils, une interruption toutes les deux minutes en moyenne pendant les heures de travail, soit 275 par jour, entre réunions, mails et messages.
Et la chercheuse Sophie Leroy a montré en 2009 qu'en changeant de tâche, on laisse derrière soi un « résidu d'attention » : une part de l'esprit reste sur ce qu'on vient de quitter, surtout si c'est inachevé. Le coût d'une interruption ne se limite donc pas au temps d'aller-retour. Il se prolonge dans la qualité de ce qu'on fait ensuite.
Que faut-il en retenir pour sa boîte mail ?
- Un mail n'a pas besoin de vous coûter 23 minutes pour coûter cher. Ce qui coûte, c'est la fréquence : relever sa boîte trente fois par jour, c'est trente occasions de quitter ce qu'on fait.
- Les mails qui demandent quelque chose sont les pires interruptions. Un mail purement informatif se lit et s'oublie. Un mail qui demande une action, lui, s'installe dans un coin de la tête tant qu'on n'a pas décidé quoi en faire.
- La réponse n'est pas de lire plus vite, mais de décider plus tôt. Un message qui demande une action et qui reçoit une date cesse de vous interrompre.
Ce que nous en avons tiré
Dans Tinomi (logiciel français édité par Saxho), chaque message est classé par nature : ce qui demande une action, ce qui informe, les publicités, les lettres d'information. Vous voyez d'un coup d'œil ce qui mérite d'interrompre votre travail, et ce qui peut attendre votre prochain passage.
Les messages d'un même sujet deviennent une seule tâche, avec sa date, sa priorité et son effort, placée dans votre semaine. Le message quitte la boîte. Il ne revient plus vous solliciter : il vous attend au moment que vous avez choisi.
Le temps rendu n'est pas promis. Il est compté.
Tinomi déstocke votre boîte par piles entières, empêche le stock de se reformer et fait des demandes des tâches placées dans votre semaine.
Voir Tinomi en situationQuestions fréquentes
Combien de temps faut-il pour se reconcentrer après une interruption ?
Selon Gloria Mark (université de Californie à Irvine), il faut en moyenne 23 à 25 minutes pour revenir à une tâche interrompue, en passant entre-temps par deux autres tâches en moyenne.
Les 23 minutes concernent-elles uniquement les mails ?
Non. L'étude portait sur toutes les interruptions : visites, appels, réunions et mails.
Combien d'interruptions subit-on par jour ?
Microsoft a mesuré en 2025 une interruption toutes les deux minutes en moyenne pendant les heures de travail, soit 275 par jour.
À lire aussi
Sources
- Gloria Mark, Victor Gonzalez, Justin Harris, « No Task Left Behind? Examining the Nature of Fragmented Work », conférence CHI, 2005.
- Entretien de Gloria Mark, Gallup Business Journal, 2006 (chiffre de 23 minutes 15 secondes).
- Gloria Mark, Attention Span, Hanover Square Press, 2023.
- Microsoft, Work Trend Index, rapport spécial « Breaking down the infinite workday », juin 2025.
- Sophie Leroy, « Why is it so hard to do my work? », Organizational Behavior and Human Decision Processes, vol. 109, 2009.