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Envoyer un mail ne coûte rien, le recevoir coûte cher : le vrai problème

Par Xavier Hovasse, fondateur de Tinomi · · 6 min de lecture

On cherche souvent des coupables à la surcharge de mails : les collègues qui mettent tout le monde en copie, les services marketing trop zélés, les outils trop bavards. Ils existent. Mais ils ne font que répondre à une règle du jeu.

Quelle est la règle du jeu ?

Envoyer un mail ne coûte presque rien. Écrire prend une minute ; ajouter dix destinataires ne prend pas une seconde de plus. Il n'y a ni timbre, ni file d'attente, ni personne pour demander si c'est nécessaire.

Recevoir, en revanche, coûte à chaque destinataire. Il faut ouvrir, lire, comprendre si l'on est concerné, décider, ranger. Le coût est faible pour un message, considérable pour cent.

Un mail envoyé à dix personnes coûte une minute à l'expéditeur et dix fois le temps de lecture au collectif. Personne ne fait ce calcul au moment d'envoyer.

Qui avait vu venir le problème ?

L'économiste Herbert Simon, futur prix Nobel, l'a formulé en 1971, bien avant le mail tel que nous le connaissons. Dans un texte sur la conception des organisations dans un monde riche en information, il écrivait que l'information consomme l'attention de ceux qui la reçoivent, et qu'une abondance d'information crée par conséquent une pauvreté d'attention.

Il en tirait une conséquence pratique : l'essentiel du coût de l'information est supporté par celui qui la reçoit. Et il mettait en garde contre l'idée que « plus d'information, c'est mieux ».

Cinquante ans plus tard, le constat se mesure. Chez Atos, en 2011, la direction estimait que ses salariés recevaient environ 200 mails par jour, dont 10 % seulement leur étaient utiles.

Pourquoi chacun envoie-t-il trop, en toute bonne foi ?

Parce que chaque envoi est rationnel pour celui qui le fait.

  • La copie protège. Mettre son responsable en copie, c'est se couvrir.
  • Répondre à tous évite de vexer. Qui oserait retirer quelqu'un d'un fil ?
  • Le message marketing rapporte. Pour une enseigne, un envoi de plus à un client qui ne lit pas ne coûte rien, et rapporte parfois.
  • La notification rassure l'outil. Prévenir par mail garantit que l'information est arrivée quelque part.

Aucun de ces gestes n'est absurde. Leur somme l'est. C'est une situation classique où chacun agit raisonnablement et où le résultat collectif est mauvais : la boîte mail est un bien commun que tout le monde remplit et que personne n'entretient.

Peut-on changer la règle du jeu ?

On a essayé. Des entreprises ont instauré des plages sans envoi, des chartes de bonnes pratiques, des objectifs de « zéro mail » comme Atos en 2011. Les effets sont réels mais limités : on ne contrôle que les mails de son entreprise, et le mail externe, celui des clients, des fournisseurs et des services en ligne, n'obéit à aucune charte.

Tant que l'envoi reste gratuit, le volume monte. Le cabinet Radicati prévoit encore une augmentation du nombre de mails échangés chaque jour dans le monde jusqu'en 2028 au moins.

Où est la défense, alors ?

Du côté de celui qui reçoit. Puisqu'on ne peut pas faire payer l'expéditeur, il faut faire baisser le coût de la réception.

  1. Savoir sans lire. Distinguer d'un coup d'œil ce qui demande une action de ce qui informe, des publicités et des lettres d'information.
  2. Traiter par piles, pas un par un. Cent messages d'un même expéditeur se rangent en un geste.
  3. Fermer les robinets inutiles. Se désinscrire de ce qu'on n'ouvre jamais.
  4. Laisser sortir ce qui a été lu. L'information est passée ; le message n'a pas à rester.
  5. Sortir les demandes de la boîte, en leur donnant une date.

Comment Tinomi baisse le coût de la réception

Tinomi, logiciel français édité par Saxho, est construit du côté de celui qui reçoit. Il classe chaque message par nature, pour que vous sachiez sans lire ce qui vous concerne. Il vous laisse évacuer le stock par piles entières, sans rien détruire. Il vous désinscrit d'un geste, expéditeur par expéditeur, et des règles que vous validez font sortir ce qui a été lu. Les demandes deviennent des tâches placées dans votre semaine.

Et parce que le coût de la réception se paie en temps, Tinomi compte le temps qu'il vous rend, avec votre propre durée par message.

Le temps rendu n'est pas promis. Il est compté.

Tinomi déstocke votre boîte par piles entières, empêche le stock de se reformer et fait des demandes des tâches placées dans votre semaine.

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Questions fréquentes

Pourquoi reçoit-on autant de mails ?

Parce qu'envoyer un mail ne coûte presque rien à l'expéditeur, alors que le coût de lecture et de décision est supporté par chaque destinataire. Rien ne freine donc l'envoi.

Qu'est-ce que l'économie de l'attention ?

C'est l'idée, formulée notamment par Herbert Simon en 1971, que dans un monde riche en information la ressource rare n'est pas l'information mais l'attention de ceux qui la reçoivent.

Comment réduire le coût des mails reçus ?

En triant par nature sans lire, en traitant par piles, en se désinscrivant, en laissant sortir ce qui a été lu et en transformant les demandes en tâches datées.

À lire aussi

Sources

  • Herbert A. Simon, « Designing Organizations for an Information-Rich World », dans M. Greenberger (dir.), Computers, Communications, and the Public Interest, Johns Hopkins Press, 1971, p. 37-52.
  • Atos, annonce « zéro email », février 2011 (presse : Le Monde Informatique, ABC News).
  • The Radicati Group, Email Statistics Report, 2024-2028, résumé public, 2024.