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La mort du mail : quinze ans de prédictions, et toujours plus de messages

Par Xavier Hovasse, fondateur de Tinomi · · 7 min de lecture

Tous les trois ou quatre ans, quelqu'un annonce la fin de l'email. La date change, le remplaçant aussi. Le mail, lui, ne bouge pas. Il grossit.

Ce n'est pas une opinion, c'est un relevé. Reprenons les prédictions une par une, puis regardons ce qu'elles sont devenues.

2011 : « zéro mail » chez Atos

En février 2011, Thierry Breton, alors patron d'Atos, annonce que son groupe n'enverra plus de mail interne d'ici 2014. Son constat est sévère : ses salariés reçoivent environ 200 messages par jour, dont seulement 10 % leur sont utiles, et 18 % relèvent du pourriel. La réponse : des outils de discussion et un réseau social d'entreprise.

L'intention était juste et le diagnostic courageux. Le résultat, lui, est resté loin de l'objectif. Les bilans publiés par la suite parlent d'une baisse déclarée allant jusqu'à 60 % du mail interne chez les équipes les plus engagées. Jamais de zéro. Et le mail externe, celui des clients, des fournisseurs, des administrations, n'a jamais été concerné : personne ne décide seul de ce que les autres lui envoient.

2015 puis 2019 : Slack, « le cafard d'internet »

Slack s'est longtemps présenté comme la sortie du mail. Son fondateur, Stewart Butterfield, était pourtant plus nuancé que son marketing. En 2015, il comparait l'email au « cafard d'internet » : impossible à tuer, avec encore trente ou quarante ans devant lui.

En juin 2019, il se montrait plus offensif sur la chaîne américaine CNBC : la fin du mail interne tel qu'on le connaît, « d'ici cinq à sept ans ». Nous sommes fin 2026. Le délai est écoulé.

Le volume de mails baisse-t-il ?

Le volume mondial continue de monter. Le cabinet américain Radicati estimait à environ 362 milliards le nombre de mails envoyés et reçus chaque jour en 2024, et en prévoit environ 392 milliards pour 2026, puis plus de 420 milliards en 2028. Aucune courbe ne plie.

Au bureau, le mail n'a rien perdu. En juin 2025, Microsoft a publié une mesure tirée de l'usage réel de ses outils : un salarié reçoit en moyenne 117 mails par jour. Et, en plus, 153 messages dans Teams. Le mail n'a pas été remplacé : on lui a ajouté un second flot. Le même rapport note que près d'un salarié sur deux (48 %) trouve son travail chaotique et morcelé, alors qu'il n'a jamais eu autant d'outils pour communiquer.

En France, même tableau. L'Observatoire de l'infobésité et de la collaboration numérique, qui a analysé des dizaines de millions de mails avec la société Mailoop, compte selon les éditions entre 135 et 144 mails par semaine en moyenne, et plus de 330 pour les dirigeants.

Pourquoi le mail ne meurt-il pas ?

On peut se moquer des prédictions ratées. Il est plus utile de comprendre pourquoi elles ratent.

Le mail est le seul outil que tout le monde a. Une messagerie d'équipe fonctionne entre gens qui ont choisi le même outil. Le mail fonctionne avec n'importe qui : un client que vous n'avez jamais vu, un cabinet comptable, une administration, un fournisseur à l'autre bout du monde. C'est son défaut et sa force : il n'appartient à personne.

Le mail fait foi. Un devis accepté, une relance, une réclamation, une convocation : quand il faut une trace, on écrit un mail. Les outils de discussion sont faits pour aller vite, pas pour prouver.

Les remplaçants écrivent… des mails. Ouvrez votre boîte : combien de messages viennent d'outils censés la soulager ? « Vous avez des messages non lus dans Teams », « Trois mentions dans Slack », « Une tâche vous a été assignée », « Nouveau commentaire sur le document ». Chaque nouvel outil s'est branché sur la boîte pour vous prévenir qu'il se passait quelque chose ailleurs.

Le vrai changement : on a multiplié les portes

La promesse était de remplacer un flot par un autre, mieux rangé. On a obtenu plusieurs flots en parallèle.

L'étude de Microsoft de 2025 mesure une interruption toutes les deux minutes en moyenne, soit 275 par jour, entre réunions, mails et messages instantanés. Une étude publiée en 2022 par la Harvard Business Review, menée sur 137 personnes dans trois grandes entreprises, comptait près de 1 200 passages par jour d'une application à l'autre, et près de quatre heures par semaine perdues à se remettre dans le bain après chaque passage. L'Observatoire français, lui, relève que plus de 70 % des salariés interrompent ce qu'ils font quand une notification arrive.

Le mail n'est donc pas mort. Il a été rejoint. Et la charge de tout surveiller est restée sur la même personne : vous.

Que coûte cette accumulation ?

Le coût n'est pas seulement le temps passé à lire. C'est la concentration découpée en morceaux.

Les travaux de Gloria Mark, à l'université de Californie à Irvine, ont mesuré qu'il faut en moyenne plus de vingt minutes pour revenir à une tâche interrompue, après être passé par d'autres entre-temps. L'étude portait sur un petit groupe et sur toutes les interruptions, pas seulement les mails : c'est un ordre de grandeur, pas une loi. Une expérience menée en 2015 à l'université de Colombie-Britannique est plus parlante encore : en limitant la relève des mails à trois fois par jour, les participants ont vu baisser leur stress, sans se sentir moins productifs.

Autrement dit : le mail n'est pas le problème. La façon dont on le laisse s'accumuler et nous interrompre, si.

Que faire si le mail ne disparaît pas ?

Si le mail ne disparaît pas, il reste une option raisonnable : cesser de le subir. Trois gestes valent mieux qu'une prédiction.

  1. Poser le stock. Une boîte de plusieurs milliers de messages n'est pas une archive, c'est un poids. Dans la plupart, quelques centaines de messages comptent vraiment ; le reste est fait de publicités jamais lues, de notifications déjà vues, d'invitations à des événements passés et de conversations terminées depuis des mois.
  2. Empêcher le stock de se reformer. Un grand ménage tient quelques semaines. Ce qui fait la différence, c'est de se désinscrire de ce qu'on n'ouvre jamais et de laisser sortir d'elles-mêmes les notifications une fois lues.
  3. Sortir les actions de la boîte. Un mail qui demande quelque chose n'est pas une tâche tant qu'il reste dans la boîte. Il le devient quand il a une date et une place dans la semaine.

C'est exactement ce pour quoi nous avons construit Tinomi (logiciel français édité par Saxho). Tinomi classe chaque message par nature et vous laisse évacuer le stock par piles entières, sans rien détruire : les messages sont rangés et restent récupérables. Il vous désinscrit d'un geste, expéditeur par expéditeur, et vérifie que la désinscription a pris. Des règles que vous voyez et validez font sortir ce qui ne vous concerne plus, une fois lu, au délai que vous avez choisi. Les messages d'un même sujet deviennent une seule tâche, placée dans votre semaine. Et le temps rendu n'est pas promis : il est compté, avec votre propre durée de traitement par message.

Le mail ne mourra pas. Mais votre boîte peut redevenir légère.

Le temps rendu n'est pas promis. Il est compté.

Tinomi déstocke votre boîte par piles entières, empêche le stock de se reformer et fait des demandes des tâches placées dans votre semaine.

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Questions fréquentes

Le mail va-t-il disparaître ?

Rien ne l'indique : le volume mondial continue d'augmenter selon Radicati, et même le fondateur de Slack qualifiait le mail de « cafard d'internet », impossible à tuer.

Slack et Teams ont-ils remplacé le mail ?

Non. Microsoft mesure en 2025 117 mails et 153 messages Teams par jour : les deux flots s'additionnent.

L'objectif « zéro mail » d'Atos a-t-il été atteint ?

Non. Les bilans publiés font état d'une baisse déclarée du mail interne allant jusqu'à 60 %, jamais de zéro.

À lire aussi

Sources

  • Atos, annonce « zéro email » de février 2011 : Le Monde Informatique, « Atos Origin se fixe un objectif zéro e-mail pour 2014 », 2011 ; ABC News, « Tech Firm Implements Employee “Zero Email” Policy », novembre 2011. Bilan : tribune de Yann Gourvennec, FrenchWeb (chiffres déclarés, non audités).
  • Stewart Butterfield (Slack) : Business Insider, 2015 (« le cafard d'internet ») ; CNBC, 20 juin 2019 (« cinq à sept ans »).
  • The Radicati Group, Email Statistics Report, 2024-2028, résumé public, 2024 (prévisions).
  • Microsoft, Work Trend Index, rapport spécial « Breaking down the infinite workday », juin 2025 (mesures tirées de Microsoft 365).
  • Observatoire de l'infobésité et de la collaboration numérique (OICN) et Mailoop, éditions 2023 et 2024 (chiffres différents selon l'édition).
  • Harvard Business Review, « How Much Time and Energy Do We Waste Toggling Between Applications? », août 2022 (137 personnes, trois entreprises).
  • Gloria Mark, Victor Gonzalez, Justin Harris, « No Task Left Behind? », conférence CHI, 2005 (36 personnes observées, toutes interruptions confondues).
  • Kostadin Kushlev, Elizabeth Dunn, « Checking email less frequently reduces stress », Computers in Human Behavior, vol. 43, 2015 (124 participants).